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Le Silence, film d'Orso Miret
Doit-on parler de l'Omerta?

" Les dessous de l’affaire Yvan Colonna ", ouvrage écrit par Antoine Albertini et Frédéric Charpier - Les Presses de la Cité ( octobre 2007)




Antoine Albertini est un journaliste corse, correspondant du Monde, qui écrit dans le journal Corsica et sa version en ligne. Frédéric Charpier (né en 1955) est un journaliste d'investigation français et un réalisteur de films documentaires. Il a notamment publié "Au cœur de la PJ" Ed : Flammarion, "Histoire de l'extrême gauche trotskiste en France" Ed : Editions n° 1, "Génération Occident" Ed : Seuil et "L’obsession du complot" Ed : Bourin.



Source RMC : Yvan Colonna a été retrouvé, le 4 juillet 2003, grâce à un détenu contre 300.000 euros. C'est ce qu'affirment Antoine Albertini et Frédéric Charpier dans un ouvrage à paraître cette semaine "Les dessous de l'affaire Colonna". Antoine Albertini l'un des deux auteurs. Ce détenu a livré des " indications précises sur les gens qui ravitaillaient Yvan Colonna " explique-t-il.
Article relevé sur le site de France bleue Frequenza Mora : Une présomption d'innocence à géométrie variable... dénoncent les avocats d'Y.Colonna

« La défense d’Yvan Colonna dénoncé la présomption d’innocence à géométrie variable du chef de l’état…. Nicolas Sarkozy a défendu la présomption d’innocence à propos des soupçons d’irrégularités fiscales qui pèsent sur Bernard Laporte, l’ancien sélectionneur de l’équipe de France de rugby, qui a pris lundi ses fonctions de secrétaire d’état aux sports... Pour Yvan Colonna le chef de l’état n’avait pas pris autant de précautions quand il le présentait comme l’assassin du préfet Erignac dénoncent ses avocats, maître Sollacaro et Simeoni…. On piétine allègrement la présomption d’innocence quand il s’agit d’un berger, à fortiori Corse », estime Antoine Sollac.



Au moment où ce livre sort et à l’approche du procès d’Yvan Colonna, revenons sur un film " Le silence " sorti en 2004 et qui a fait polémique parce qu’il traitait de l’omerta.

Rappel de l’article paru dans L'Express le 20/12/2004 – Polémique - Le Silence fait du bruit par Frédérique Balbinot . Clichés ou réalité? Le film d'Orso Miret sur l'omerta, qui va sortir en salles, suscite des réactions tranchées dans l'île de Beauté



"Certaines personnes en Corse n'accepteront pas de se voir ainsi... même si elles le sont un peu quand même." Ce soir de novembre, au Festival Arte Mare, à Bastia, rares sont les spectateurs de la première projection du Silence qui ne préfèrent pas se taire. Le film du réalisateur d'origine corse Orso Miret gêne, choque et même indigne certains de ses "compatriotes". Car ils savent que, en racontant l'histoire d'un jeune Corse du "continent" (Mathieu Demy) témoin d'un meurtre alors qu'il est en vacances dans son village, le cinéaste leur tend un miroir, peu reluisant mais honnête: celui d'une population rongée par une culture du silence ancestrale, la fameuse "omerta", ce code d'honneur qui voudrait qu'Olivier, connaissant l'agresseur, se taise à jamais sous peine d'être exclu de la communauté et de son équipe de chasse au sanglier, menée par Vincent (Thierry de Peretti, comédien et metteur en scène de théâtre, ajaccien d'origine). A ce cas de conscience Miret apporte une issue brutale: son héros parle et se libère, mais doit quitter l'île par peur des représailles.
Un dénouement qui déçoit et agace le député maire de Bastia, Emile Zuccarelli, grand pourfendeur des poncifs insulaires: "Le film est juste dans sa peinture de la vie de village, la Corse est magnifiquement filmée et les scènes de chasse sont stupéfiantes. Mais ces clichés sur la loi du silence, sur la pression du groupe me font trop souffrir. Cette île risque de crever de sa folklorisation. "

L'atmosphère oppressante du Silence sortirait-elle tout droit de l'imaginaire du réalisateur? "La genèse du film remonte à l'été 1995, lors des règlements de comptes entre nationalistes, raconte Orso Miret. Le climat qui régnait à Asco [le village du film] était alors angoissant; les gens devenaient paranoïaques. Après de tels moments, comment faire un film sur la Corse sans parler de la violence?"

Le film fait aussi songer à Christophe Garelli, jeune militant nationaliste tué à l'été 1998, au cours d'une fête de village, et à l'acquittement des accusés après rétractation des principaux témoins. "Je pense à cette magistrate venue me voir à la fin de la projection à Bastia, poursuit Miret. Elle semblait au bout du rouleau et m'a dit: "'Si votre film pouvait avoir des vertus pédagogiques! Si vous saviez comme c'est dur de trouver un témoin! Il est impossible d'instruire des dossiers en Corse.""
Néanmoins, au sein de l'équipe du film, la dénonciation a posé problème. Pour Thierry de Peretti, parler est une absurdité: "C'est une bêtise, c'est mettre en péril ma vie et ma famille, à moins que l'on ne puisse partir, comme le héros du film. Tout le monde connaît en Corse les interlocuteurs privilégiés des gouvernements successifs: comment donner envie aux gens de témoigner contre des personnes qui sont reçues à Matignon?" "Si l'Etat se laisse aller à discuter avec les assassins, confirme Zuccarelli, il ne faut pas s'étonner que les gens n'aillent pas spontanément se confier à lui. La Corse doit apprendre à vivre comme une région civilisée, où la loi doit s'appliquer."

Toutefois, ce que Miret voudrait aussi démontrer, sans réflexe identitaire exacerbé, c'est que la Corse est un peu à part: "Cette sensation d'être attaché à une culture et en même temps d'y être étranger, mais aussi de vouloir s'y fondre au point de se renier soi-même, c'est dur à comprendre, pour un continental. Je voulais même changer de nom, quand j'étais gamin..." Thierry de Peretti va plus loin: "La Corse est entre Orient et Occident, entre monde moderne et ancien. Dans certaines situations, comme celle du film, il est impossible d'avoir un point de vue uniquement extérieur et analytique. Cela serait occulter le réel d'un territoire." Des propos qui hérissent Zuccarelli, qui n'y voit qu'une caricature: "Les Corses ne sont pas comme ça; ils ont des aspirations très modernes, comme tous les Français. Arrêtons de cultiver l'archaïsme de ce pays!" "La Corse, ce n'est pas que Le Silence, mais c'est aussi cela", plaide Miret. Le maire de Bastia, lui, souhaiterait qu'il y ait "des films qui se passent en Corse, mais pas trop qui traitent de la Corse". Pourtant, cette île changera par l'art, le récit et... la prise de parole.





Adolescent, Orso Miret tourne ses premiers films avec la caméra super 8 de son père. Assistant en auditeur libre à des cours de cinéma à Nancy, il suit après le bac des études de lettres modernes. Monté à Paris, il s'inscrit à la FEMIS, où il a pour camarades de promotion Hélène Angel et Jean-Paul Civeyrac. Dans ce cadre, il tourne plusieurs courts métrages, notamment Monumentaire, un documentaire sur les célébrations du Mont Valérien. Il se fait remarquer grâce à deux courts métrages qui font le tour des festivals, Dans la forêt lointaine en 1995 et, l'année suivante, Une souris verte.

Orso Miret réalise en 2001 son premier long métrage, De l'histoire ancienne, œuvre ambitieuse sur le deuil et la culpabilité, mêlant le destin d'une famille aux traumatismes de la Seconde Guerre mondiale. Présenté au Festival de Cannes dans le cadre de la Semaine de la Critique, le film décroche le Prix Jean-Vigo et recueille les suffrages de la critique (prix du premier film français)

Le Silence est déjà le titre d'un film que Bergman réalise en 1963 et celui du second long métrage d’Orso Miret. Le village choisi pour le tournage est aussi celui où, raconte-t-il, il est plus qu'ailleurs le fils de sa mère : " mon attachement à la Corse passe beaucoup par ma mère - là-bas, je suis le " fils de ma mère " avant d'être le fils de mon père."

Il faut donc voir une part autobiographique dans le scénario : un couple passe ses vacances d'été en Corse dans le village de montagnes dont la mère du jeune homme, Olivier (Mathieu Demy), est originaire. Tandis que sa compagne Marianne (Natacha Regnier), découpe son temps en siestes et baignades, trouvant entre la rivière, la maison et le paisible passage des jours, un rythme accordé à celui " naturel " de la gestation que son corps est en train d'accomplir, puisqu'elle est enceinte de trois mois, Olivier, pour qui la paternité n'est encore qu'une réalité abstraite, se trouve submergé par les fantasmes liés à son sens culturel. Ainsi, cherchant à prendre place dans la communauté des hommes (les pères), il participe presque quotidiennement aux longues battues matinales qui préparent, si la chance sourit aux chasseurs, la mise à mort d'un ou plusieurs sangliers… Mais bientôt, témoin d'un meurtre, il doit faire face à un autre aspect de la culture qu'il tente de rejoindre : la loi du silence.

Dans un article Loi du poncif sur le site Fluctuat.net, Hélène Raymond écrivait en 2004 : Comme les deux personnages principaux, étrangers au lieu mais plongés dans le paysage, au cours du film, le spectateur est confronté à une tradition jalouse de son indépendance et cependant ouverte, accueillante, au prix d'une initiation dont la douleur ou la difficulté ne doit pas rebuter celui qui se soumet à son déroulement rituel. Sont-ce des poncifs ? Les éternels arguments d'une authenticité qui fait le bonheur des agences de voyage ? Le très beau plan de lune pleine et rayonnante entre les montagnes noires et le ciel marine, monté deux nuits de suite (!), ne recule, en tout cas, devant aucune concession à l'esthétique pour mieux vendre ce que la mise en scène réduit alors aux dimensions d'un produit : la Corse, territoire magique où toutes les nuits la lune est un parfait disque d'argent.
Par ailleurs, le cinéaste lie la représentation de cette culture à une thématique de l'enfantement, désarmante de simplicité, où la parole longtemps retenue est ramenée au cri inarticulé du nouveau né. Car le silence d'Olivier, on le comprend, perturbe sa relation avec Marianne et compromet la venue de l'enfant, tandis que sa parole le protège tout en affirmant son identité. Ainsi, en un vertigineux mouvement régressif, se confondent le cri du nouveau né et la parole de l'homme libre, c'est-à-dire aussi, gestation et création. Est-ce un poncif à l'horizon duquel les femmes sont une fois de plus destinées à enfanter des hommes, seuls capables d'enfanter les œuvres ?



Donc, la question pourrait se poser aussi de la façon suivante : Doit-on établir une loi du silence sur l’omerta accompagnée d’un loi anti poncifs lorsque les cinéastes et les écrivains parlent de la Corse?



Faudrait-il se taire sur l’omerta en elle-même? Finalement, est-ce bien l’objet de la polémique, en y réfléchissant bien ? Le Maire de Bastia s’est insurgé récemment, comme il l’avait fait en 2004 au sujet du film " Le silence ", contre la série La Mafiosa " diffusée par Canal+. Il combat davantage les poncifs plutôt que de défendre l’omerta et le banditisme qu’il considère comme parmi les principaux traits de caricature des Corses et les clichés cinématographiques ou télévisées mettant en scène des Corses. On peut comprendre que la répétition de ces poncifs malveillants agace parce qu’ils se sont inscrits et sont entretenus dans l’imaginaire collectif au détriment du peuple corse.

" La Colomba de Prosper Mérimée, je l'aurais bien étranglée. Le film montre un crime de droit commun qui aurait pu se passer dans n'importe quelle région…" avait dit l’élu Bastiais. Il faudra bien admettre un jour que la corsité n’est pas un package " violence/omerta ". Ces avatars ressassés sur les Corses sont largement partagés avec le reste du monde. et, pour cela, il ne faut pas fustiger Miret parce qu’il les met en scène dans l’île. Qu’on l’appelle Omerta ou mutisme des témoins et des victimes, qu’il soit corse ou d’ailleurs, le silence ne doit pas être un gage d’impunité pour des délinquants et des criminels de droit commun. La loi du Milieu ne doit pas être celle des honnêtes gens. Bien sûr, le problème devient plus complexe lorsqu’il s’agit de terrorisme et de revendications politiques mais , dans ce cas , si le silence peut se justifier par l’adhésion à une cause même hors-la-loi, il ne peut pas trouver une source morale dans la lâcheté d’un côté et un comportement fasciste de l’autre. La loi du silence n’est pas une spécialité corse mais refuser d’en parler serait " ajouter du silence au silence ", en Corse comme ailleurs. Rien ne sert de se fermer les yeux, les oreilles et la bouche car les jambes seules ne suffisent pas à un peuple pour avancer. Le silence coupe du passé et enferme l’avenir de la jeunesse corse si toutes les vérités doivent rester dans le Musée secret de la mémoire. On ne construit pas une histoire humaine sur le silence.. La Corse ne doit pas devenir le pays que Jean-Pierre Santini décrit dans son roman noir d’anticipation, Nimu: « On vivait une ère d’errance. Les uns passaient à proximité immédiate des autres comme des objets mobiles, extraordinairement neutres, glissant en orbites lentes dans une sorte de nomadisme intersidéral. Il semblait que l’on se fut lassé de tout et des mots par-dessus tout. Depuis bien longtemps d’ailleurs, il n’y avait plus de littérature. La communication sociale en était réduite à quelques consignes utiles.»

Le film de Orso Miret n’a pas eu de palme d’or, mais on connaît le dicton : " La parole est d’argent et le silence est d’or "… Cela voudrait-il aussi dire que l’on paie moins cher la parole que le silence? Selon les journalistes qui ont écrit l’opus " Les dessous de l’affaire Colonna ", un témoin anonyme aurait été payé pour aider à l’arrestation de Colonna. Si l’achat du silence est immoral, que doit-on dire de celui de la parole avec ses risques de délation? Mon propos n’est pas de donner une opinion sur l’innocence ou la culpabilité d’Yvan Colonna. En droit français, tant qu’il n’est pas jugé, il est présumé innocent. Par contre on peut se poser la question de savoir où est la vérité lorsque les uns sont accusés d’acheter le silence ( ou d’y contraindre) et les autres de rémunérer les témoignages? A cause de l’omerta, la Justice relaxe-t-elle des coupables et punit-elle des boucs émissaires? Le silence, selon une expression corse, tordrait-il le nez à la justice ? Voilà des premières pistes de réflexion…sans parler des victimes et de leurs familles qui peuvent en arriver à avoir comme seul recours la vendetta. Il faut qu’on en parle au lieu de laisser les autres nous caricaturer sans vraiment nous connaître.



Le Silence
Film couleur, 104 min, 35 mm, scope, DST Numérique, France
Réalisation : Orso Miret
Scénario : Orso Miret, Roger Bohbot, Agnès de Sacy
Principaux interprètes : Mathieu Demy, Natacha Régnier, Thierry de Peretti, Muriel Solvay, Agnès Massei, Pierre-Marie Mosconi, Didier Ferrari, Laurent Barbolosi, Olivier Guglielmi
Sortie en salles le 29 décembre 2004


Adresse pour visionner la bande annonce : adresse ci-dessous

http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=18373169&cfilm=53878.html




 
SIXTIES ET POLAR. NOUVEAU FILM DE R.GUEDIGUIAN "LADY JANE"
Sixties et polar, retour de Robert Guédiguian à Marseille :

Le Voyage en Arménie sorti en 2006 est un film de Robert Guédiguian, qui repose sur différents genres de film…

Lors d’un entretien, sur le site Kinok.com, Frédéric Mitterand lui posait la question :


" Suite à cet acte de violence, on bascule dans le polar. Mais dix minutes plus tard, on prend de nouveau un chemin de traverse en abandonnant la poursuite pour aborder le conte, en créant une sorte de paradis perdu où il fait bon vivre, mourir et tomber amoureux en un clin d’oeil. Est-ce que l’un des paris du film était de conjuguer la noirceur de La Ville Est Tranquille et le conte, façon L’argent fait le bonheur ? "

Le réalisateur répondait :

" Dans ce voyage où le personnage est aux prises avec l’inattendu, il me semblait, dès le scénario, qu’il fallait confronter le spectateur à différentes formes : la chronique, le polar, le mélo, le conte... Passer d’un genre à l’autre, c’est le type de choses que j’aime bien faire. Je sais que ça passe ou ça casse et je fais tout pour que ça fonctionne. "




Pour son prochain film « Lady Jane », il l’avait annoncé : " C’est un film de gangster à ma manière. Son titre devrait être Lady Jane, comme la chanson des Rollings Stones." Et il ajoutait : " Tout ça bien-sûr, pour le plus grand bénéfice d’une morale simple : il faut briser le cercle de la vengeance. Elle ne sert ni à ceux qui l’appliquent, ni à ceux qui la subissent. Elle ne sert à rien."

Début 2007, était donné à Marseille le Coup d’envoi du tournage de Lady Jane, le 15e long métrage de Robert Guédiguian qui s’essaye pour la première fois au polar, genre toujours très en vogue dans la production cinématographique française.

De retour dans sa cité phocéenne fétiche après s’en être éloigné pour Le Promeneur du champ de Mars et Le voyage en Arménie., Robert Guédiguian s’est installée à la Friche du 15 janvier au 27 avril 2007 pour le tournage. Il ne pouvait décemment pas revenir sans convier les membres de sa famille de cinéma : on retrouvera donc dans Lady Jane ses comédiens fétiches, à commencer par sa compagne Ariane Ascaride, Jean-Pierre Darroussin et Gérard Meylan, qui composent le trio central du film. A noter également que Robert Guédiguian enchaîne un second film avec Pierre Millon comme directeur de la photographie.

A l'époque où les Rolling Stones chantaient Lady Jane (L’album : Aftermathest de 1966), Muriel, François et René, amis d'enfance, nés dans les quartiers populaires de Marseille, ont cessé leurs cambriolages après avoir tué un bijoutier. Pour se faire oublier, ils se sont peu vus jusqu'au jour où le fls de Muriel est enlevé. Leur amitié se remet aussitôt en place pour réunir l'argent de la rançon. Muriel, sur une grande place vide, a l'argent sur elle lorsqu'elle voit son fils s'approcher en souriant et... s'effondrer mortellement atteint d'une balle en pleine tête, sans aucune tentative des ravisseurs pour récupérer la rançon.
Lady Jane est donc un polar, écrit par le cinéaste avec son comparse Jean-Louis Milesi, et produit par Agat Films. Ajoutons que les acteurs Jacques Boudet, Frédérique Bonnal, Christine Brücher, Yann Tregouët, autres habitués de l'univers de Guédiguian, font eux aussi partie de l'aventure.

Produit par le cinéaste lui-même pour Agat Films & Cie/ Ex-Nihilo, Lady Jane dont le tournage s’est terminé au printemps 2007, a bénéficié d’un budget de 4,1 millions d’euros incluant 800 000 euros d’investissement de France 3 Cinéma (moitié en pré achat, moitié en coproduction) et une avance sur recettes du Centre National de la Cinématographie (CNC). Diaphana assurera la distribution dans les salles françaises et les ventes internationales sont pilotées par Films Distribution. Diaphana a distribué les films de Robert Guediguian. C’est aussi le distributeur de films réalisés par Lucas Belvaux et du film Persépolis réalisé par Marjane Satrapi et Vincent Paronnaud entr’autres.

La sortie dans les salles de " Lady Jane " est prévue pour le 30 janvier 2008.








Robert Guédiguian réalise des films depuis 1980. La plupart sont situés dans un quartier populaire de Marseille, l’Estaque. Le réalisateur tourne avec sa même famille d’acteurs(Jean-Pierre Darroussin, Gérard Meylan, Jacques Boudet, Pascale Roberts sans oublier Ariane Ascaride, devenue son épouse). "La troupe, dit-il, c’est essentiel, c’est moins évident dans le cinéma que dans le théâtre où cela a toujours existé. C’est un moyen de travailler beaucoup plus et beaucoup plus souvent." Quant à Marseille, il ajoute : "c’est un très grand théâtre, où je fais de tout : des mélodrames, des tragédies, des comédies…"

Robert Guédiguian a constitué une maison de production Agate Films et Cie/Ex Nihilo, qui fonctionne comme une coopérative et permet le tournage de premiers films.

"Ce génie du cinéma" selon Pierre Blondeau, est non seulement talentueux, mais aussi humaniste.

Site de Agat films et Cie / Ex Nihilo :
http://agatfilms.mediactive.fr/agatfilms/accueil.htm

Avec les sorties prévues fin 2007 :
LES TOITS DE PARIS Fiction - Réalisé par HINER SALEEM - Sortie en salles: 21/11/2007
MA VIE N'EST PAS UNE COMEDIE ROMANTIQUE Fiction - Réalisé par MARC GIBAJA - Sortie en salles: 19/12/2007



En marge, Robert Guédiguian, parrain du 1er grand festival du cinéma arménien à Marseille dans le cadre de l’année de l’Arménie en France
:


Pendant le tournage du film " Lady Jane ", Robert Guédiguian et sa tribu se sont rendus le 2 mars dernier à la Friche de la Belle de Mai ( Marseille) pour assister au lancement du 1er grand festival de cinéma arménien qui réunissait sur le grand écran les œuvres de grands cinéastes arméniens de 1927 à 2007 : Henri Verneuil, Atom Egoyan, Alain terzian, Serge Avédikian (acteur avent d’être réalisateur) mais aussi, pour les cinéphiles, Ardavast Péléchian, Froundzè Dovlatian, Sergueï Paradjanov et Viguen Tchaldranian. Robert Guédiguian est monté à la tribune en qualité de parrain du festival et c’est Ariane Ascarides qui a prononcé son discours dont nous vous reproduisons un extrait sur l’identité immortelle : " L’année de l’Arménie est l’occasion d’affirmer que l’Arménie existe ici et là-bas et… Permettez-moi de penser, qu’à y regarder de près, cette affirmation n’est pas si évidente. Le génocide a raté… Comme tous les génocides. Le génocide a été le seul linceul qui aurait pu ensevelir ce peuple. Mais, comme une source que l’on aurait empêché de s’écouler là où elle était née, le peuple arménien s’est insinué sous la terre entière jusqu’au jour où il trouverait à resurgir, enrichi des lieux où il est passé. Si l’identité d’un peuple est en premier lieu physique, à portée de voix, à perte de vue où à la distance que l’on parcourt à pied en une journée aller et retour, elle devient ensuite le souvenir de cet espace primordial et, là, grâce à cette sensualité remémorée, relevant d’un merveilleux mystère, elle devient immortelle. Oui, on ne sait ni pourquoi, ni comment, mais le souvenir se transmet qu’on le veuille ou non, et, lorsqu’il affleure, il se transforme en possibilité d’avenir. Aucun empire n’a jamais réussi à endiguer ce souvenir, à en empêcher la transmission. Pas plus l’empire ottoman avec les Arméniens que l’empire américain avec les indiens, pas plus l’empire allemand avec les Juifs que l’empire soviétique avec les Tchétchènes… " Ensuite, Robert Guédiguian a stigmatisé , dans notre actualité, ce qu’il appelle l’empire de la consommation ou le capitalisme mondialisé qui menace les identités et les cultures particulières " comme tout ce qui fait que les hommes sont humains, libres et irréductibles ". Il concluait son discours en ces termes : " Pour cela, il faut que nous affirmions, comme nous le faisons aujourd’hui pour l’Arménie et pour la France, le double caractère de chaque être humain qui, porte en lui, au plus profond, le village où il est né et le monde entier, le lieu de ses lointaines origines et le proche territoire où il vit. Universel donc, et particulier, en même temps. Vive la diversité culturelle, vive le cinéma indépendant, de France et d’Arménie. "



L'Affiche de Lady Jane n'est pas encore diffusée. Alors nous avons reproduits les affiches des films antérieurs...







Bonus :

Depuis l'utilisation de Summertime de Janis Joplin dans " La ville est tranquille ", on connaît l'amour de Robert Guédiguian pour le rock des années 60...

Pour annoncer le film Lady Jane, nous vous livrons les paroles de la chanson des Rolling Stones:

My sweet lady Jane, when I see you again
Your servant am I, and will humbly remain
Just heed this plea, my love. On bended knees my love
I pledge myself to lady Jane
My dear lady Anne, I've done what I can
I must take my leave, for promised I am
The play is run, my love. Your time has come my love
I pledge my soul to lady Jane
Oh, my sweet Marie, I wait at your ease
The sands have run out, for your lady and me
When love is nigh, my love, her station's right my love
Life is secure with lady Jane



 
Liberata, film de Philippe Carrèse

Liberata,  film de Philippe Carrèse

Liberata succède à Malaterra, première fiction TV parlée majoritairement en langue régionale, en l’occurrence l’occitan, et tournée en 2004. Réalisés par la même équipe, Philippe Carrèse en tête, les deux films ont également en commun d’avoir été récompensés au Festival de la fiction de Saint-Tropez,

Philippe Carrèse avait des grands parents napolitains, un oncle et une tante mariés à des Calenzanais et qui vivent à Calenzana.. Il est né à Marseille en 1956. Il fait ses études de cinéma à l’IDHEC (Institut Des Hautes Études Cinématographiques) à Paris dans les années 70. Il cumule toutes les casquettes : auteur (de l’humour au roman noir), scénariste, réalisateur de téléfilms de fiction aux séries comiques, en passant par le court - métrage, les spots publicitaires ou le direct comme les concerts (en continuant à pratiquer le rock, l'afro-cubain et le funk)., opérateur de prises de vue des documentaires qu’il réalise, compositeur de musiques de films… et on en passe !

Le film Libérata :

 

Liberata a succédé à Malaterra, première fiction TV parlée majoritairement en langue régionale, en l’occurrence l’occitan, et tournée en 2004. Réalisés par la même équipe, Philippe Carrèse en tête, les deux films ont également en commun d’avoir été récompensés au Festival de la fiction de Saint-Tropez, puisque Malaterra avait remporté l’an dernier le prix du jury et de la technique, tandis que Liberata vient de recevoir le prix spécial du jury.

Dans ce beau film qui sort des sentiers battus, Philippe Carrese a mis en scène les protagonistes hauts en couleur d’un hameau occupé par des chemises noires. Le casting est irréprochable : tous les acteurs sont excellents.

L'histoire de "Liberata" : Mars 1943, en pleine occupation italienne de la Corse, deux frères résistants communistes vont stratégiquement se lier avec deux truffions italiens afin de leur soutirer les informations nécessaires à l'organisation des parachutages sur la Balagne. Une réelle amitié va naître entre ces hommes, prémices du retournement de situation et de l'alliance qui a suivi le débarquement allié à Ajaccio en septembre de la même année.
Il s’agit d’une comédie dramatique méditerranéenne qui nous plonge au milieu de la seconde guerre mondiale en Corse pendant l'occupation italienne. Particularité notoire du film, il est tourné, dans un souci de véracité historique, dans les trois langues : le corse, l'italien et le français. Liberata est aussi le prénom de la plus belle femme du village, personnage fort, objet de toutes les convoitises.

Après une diffusion télévisée, le film est sorti en salles en 2006. Le DVD est en vente depuis Janvier 2007.

Site officiel : http://www.chez.com/carrese/

Une interview Biblioblog à l’adresse :
http://www.biblioblog.fr/index.php/2005/12/18/183-interview-de-philippe-carrese

Quelques titres de romans écrits par P. Carrèse :

Les veuves Gigognes (octobre 2005) est son quatorzième roman, le neuvième à paraître aux éditions Fleuve Noir après Trois jours d’engatse (1995), Filet garni (1996), Pet de mouche et la princesse du désert (1997), Tue-les, à chaque fois (1999), Le bal des cagoles (prix polar sncf 2001), Conduite accompagnée, Une petite bière pour la route (2002) et Une belle histoire d’amour (2003) – mais aussi , deux romans pour la jeunesse : La grotte de l’aviateur (2004) et Le vol de la momie (2005), parus dans la collection Souris noire…
et romans édités chez Florent Massot : Graine de Courge (1997), Le Successeur (1999) et Flocoon Paradise (2001).

Philippe Carrèse écrit aussi des nouvelles. Il a participé à un recueil "  Bleu, blanc, sang " sous l’égide de Serge Quadrippani . Vingt-cinq auteurs confirmés recourent à tous les genres, du polar à énigmes à la SF, du noir ultra classique au récit psychologique, de l'humour léger à l'ironie froide, pour nous offrir une sorte d'instantané d'un pays où, sous la dépression, les passions couvent toujours, infâmes ou magnifiques.

Les interprètes de Libérata :

François Orsoni, Pierre-Laurent Santelli, Shani Sabaty, Philippe Ambrosini, Feodor Atkine, Stefano Cassetti, Luigi Filotico, Orlando Forioso, Ivia Medori, Anna Gualtieri, et Jo Fondacci
          

La fiche technique de Libérata :

Réalisateur : Philippe Carrese
Scénario : Philippe Carrese, dominique Lombardi, Frédéric Poggi
Image : Serge Dell’Amico
Son : Norbert Garcia, Jérôme Alexandre
Montage : Véronique Graule
Costumes : Chantal Castelli 
Chef décorateur : RAMORA  
Musiques : Olivier Stalla,  Raphaël Imbert,  Philippe Carrese    
Chanson originale : A Filetta
Production : Thierry Aflalou, France 3 Corse, France 3 Méditerranée, coproduction Comic Strip

Avec le soutien de la Collectivité Territoriale de Corse, de la Région Provence Alpes Côte d’Azur, de la Délégation à la Langue Française et aux langues de France du Ministère de la Culture et du Centre National de la Cinématographie
 
 
Une belle histoire belge
La raison du plus faible , film de Lucas Belvaux

Sympathiques ou franchement immondes, les "Branques" et "Pieds nickelés" sont légions dans les romans noirs et ne sont pas toujours des flics. Cette année, Lucas BELVAUX a présenté son film "La raison du plus faible" au festival de Cannes sans y obtenir de récompense: ce qui est une faible raison de ne pas aller le voir.

  Diaphana Films

Le contexte du film rappelle celui du film anglais "The full Monthy", mais, chez BELVAUX, les chômeurs sont des Belges et , au lieu de s'entraîner à devenir des Shippendales, ils préparent un casse. Les régles du banditisme changent et ce n'est plus la raison du plus fort qui l'emporte. Les faibles sont les nouveaux pauvres, privés de travail et exclus de la société qui trouvent un sursaut d'orgueil pour avoir le courage d'agir dans un baroud qui serait une revanche sur leurs vies volées d'ouvriers trahis, faute de pouvoir gagner un gros lot à une loterie nationale.

Lucas BELVAUX situe l'action dans le plat pays de BREL, au milieu d'un de ces vestiges de l'industrialisation où les hommes ont pour horizon des bâtiments d'usine, fleurons de la métallurgie. Désabusés par l'impuissance syndicale, des ouvriers se retrouvent privés d'un travail dont ils étaient fiers, par un "patronanonymat" d'investisseurs. Comme chacun le sait , l'oisiveté n'est pas bonne conseillère, surtout lorsqu'elle est la conséquence d'une grave frustration. Des braves chômeurs belges s'énervent à taper le carton dans un troquet et perdent leurs rêves de richesses au Loto. Leur solidarité de travaiilleurs et leurs luttes sociales passées les aident à ne pas sombrer totalement dans le désespoir, lorsque leur énérgie à resister les pousse à refuser la fatalité. Parmi eux une femme, Carole, s'échine et sue sa santé dans une usine de repassage. Elle a encore la chance d'avoir un travail. Cet ultime chance est malmenée par une panne de vélomoteur et des retards de bus. Ses dificultés vont agir comme un coup de foudre et déclencher la révolte. Il ne sera plus question de renoncer à des rêves de vie meilleure. Il faudra prendre l'argent là où il est. Il ne s'agit pas d'accomplir un acte immoral mais de bénéficier d'un juste retour sur investissements en effort et temps, en sueur et vie. Ce serait comme un remboursement sur leur vie bradée... Pour la suite, nous nous associons , sans ièdeur, au magazine avignonais "Utopia", dans sa critique enthousiaste lorsque nous lisons: " Ce qu'il adviendra d'eux: vous verrez bien , et le film va prendre des airs superbes de film noir, mené tambour battant sur une musique qui est un régal dans le genre. D'ailleurs tout est beau dans ce film et les images, en scope magnifique, ont une ampleur qui vous file le frisson... Un film porté par un soufle épique et néanmoins drôle et modeste. On y passe, sans le moindre temps mort, de l'exaltation à l'émotion, du rire à la colère, du suspense à l'émotion rigolarde.."

Faites comme moi. Allez le voir! Lucas BELVAUX s'applique à faire du cinématographe. Il crée là où d'autres fabriquent. Il y met de l'humanité. Lorsqu'il s'agit de genre noir , l'umanité et le social forment l'essentiel de cette culture ancrée ( ou encrée) dans le présent.

Dans l'article de la gazette Utopia, le rédacteur avoue qu'il enrage de ne pas voir ce film palmé entre "Indigènes" et Ken Loach. Pour le consoler, Corse noire lui délivre à l'unanimité du Jury "le figatellu d'or" pour rire et "le myrte d'or" pour la saveur.

Début non sérieux d'anthologie des Branques et des Pieds nickelés:

Dans le genre policier ou noir , on ne rencontre pas que de grands criminels pervers dont le machhiavélisme entraîne des diffcultés quasi insurmontables pour les confondre, surtout lorsque, face à eux, officient des flics ripoux ou imbéciles. Ces professionnels du crime, sans scrupule et sans pitié, n'ont aucune excuse. Par ailleurs, on pourrait établir un florilège d'une délinquance moins experte et plus humaine en commençant par le genre burlesque. Dans "Faites sauter la banque", Victor Granier ( joué par De Funès), commerçant en articles de chasse et de pêche ruiné par un placement dans des actions au Tangana, entraîne sa famille dans le casse de sa banque, en creusant un tunnel. Dans le film " Prends l'oseille et tire-toi", Woody Allen se met en scène deans le rôle d'un ganster malchanceux. Plus récemment, Bob Swain a adapté en comédie policière, intitulée "Nos amis les flics", le roman de Jay Cronley " Le casse du siècle" ( "Cheap Shot" étant le titre original ). L'amateurisme de quatre branquignoles va donner des idées à un truand chevronné ( joué par Daniel Auteuil) pour réaliser un braquage audacieux puisqu'il commence par la prise en otages de tous les flics d'un commissariat de police. On pense alors aussi au premier roman de Chistian Roux "Braquages" dans lequel quatre SDF sont recrutés par un individu mystérieux pour braquer. Et puis , il y a le titre du dernier opus de Patrick Pécherot " Boulevrad des Branques" qui annonce une brochette de truands, nazis, collabos beaucoup moins sympathiques que les SDF de Roux our les Pieds Nickelés de Jay Cronley. A propos de ce dernier, il est l'auteur aussi de la fameuse "Java de Loquedus". Son personnage "Trou'" offre des similitudes avec celui de son ami Weslake ( John Dotmunder). Les amitiés entre auteurs seraient-elles à l'origine des quelques cousinages de leurs héros?
 
Voyage en Arménie, film de Robert Guédiguian.
Voyage en Arménie, un film qui touchera les cœurs des filles et des fils corses.

Ariane Ascaride et Roman Avinian. Diaphana Films

Au cinéma Bonneveine de Marseille, le 7 juin 2006, nous avons assisté à la première séance publique du dernier film de Robert Guédiguian " Voyage en Arménie ". Le réalisateur, accompagné de l’acteur Gérard Meylan, a expliqué la genèse de ce film : ses premiers voyages en Arménie et puis un coup de fil de son actrice fétiche, Ariane Ascaride, qui venait de visiter la belle boutique d’un artisan arménien à Lyon… coup de fil pour le fil conducteur du voyage initiatique d’une femme qui retrouve son " arménité " en ressentant, en elle-même, cet humanisme identitaire qu'elle refusait d'exprimer. Un film sur la double identité et sur la diaspora.

La trame :
Barsam (joué par Marcel Bluwal), père arménien gravement malade, fugue de Marseille, pour aller mourir en Arménie, laissant des indices derrière lui, poussant sa fille, Anna ( Ariane Ascaride), à le rechercher en faisant, avec nous, ce " Voyage en Arménie ". A cette occasion, elle découvre aussi le doute sur sa vie de médecin cardiologue marseillaise, sur ses amours, sur la personnalité complexe d’un père qu’elle n’avait jamais vraiment cherché à connaître. Plus rien ne sera, pour elle, comme avant, car elle touche des yeux la profondeur de sa " chair " arménienne.
Commentaire :
Guédiguian montre, avec lyrisme, l’âme arménienne lorsque, notamment à la fin de film, Manouk (joué par Roman Avinian), un vieux chauffeur de taxi arménien, s’arrête face au mont Ararat, pour dire, les larmes aux yeux, que cette montagne aride (et sans gisement précieux) représente le rêve arménien. . On a envie de dire aux Turcs : commencez par rendre aux arméniens ce symbole fort, " le Mont Ararat ", tant qu’il reste encore des survivants du génocide ! On voit cette belle montagne dont le sommet enneigé fait comme un nuage au dessus d’un paysage incertain d’où s’élance une grue, témoignage de la reconstruction d’un pays tout juste sorti du Soviétisme.
Le voyage de cette jeune femme se déroule sur fond de polar, avec le personnage de Sarkis (joué par Simon Abkarian), arménien né en Turquie et membre d’une mafia jeune et sans scrupule, qui considère que tout est busissness : le sexe, la santé, la vie… Dans ce business crapuleux, un autre personnage: Yervanth (joué par Gérard Meylan), truand (ex-cagoulard de l'organisation secrète Asala) condamné par contumace à perpétuité pour un braquage à Marseille et héros énigmatique de l’armée arménienne, traîne son réalisme et sa nostalgie.
Guédiguian manie, avec justesse, les contrastes des personnages et des images, sur fond de vestiges rappelant une grande civilisation détruite par des invasions et un génocide, puis murée par le Soviétisme remplacé, aujourd’hui, par une mafia qui a créé sa propre économie de marché dans ce " petit morceau restant de pays " où se côtoient le luxe nauséabond et la pauvreté exploitée, avec leur rêve occidental. Dans ce contexte trouble, Guédiguian met subtilement en scène une âme collective " forte des épreuves subies " mais aussi sa blessure profonde: le génocide. Ce n’est pas l’objet du film mais l’histoire du peuple arménien sous-tend l’histoire d’un film pétri d’humanisme identitaire parce que généalogiquement marqué par le drame.
On ne peut rester indifférent à la trame du film : la relation fille – père (on peut élargir à enfants – parents). Anna ne s’est jamais vraiment intéressé à son père, jusqu’à cette fugue. C’est son mari ( joué par Jean-Pierre Darroussin) qui la pousse à rechercher ce père en Arménie, exprimant son regret d’avoir perdu le sien trop tôt, sans lui dire son amour filial. Il y a surtout cette distance que, enfant, l’on met avec son père. Comment combler ce trou abyssal dans notre mémoire ? Comment vivre avec une partie de nous enfouie et laissée sans réponse? C’est une prise de conscience pour ceux qui ont encore un père. Il ne faut pas laisser passer l’occasion de connaître nos parents qui nous rattachent généalogiquement à cette partie d’humanité identitaire. Père et mère sont cette chair qui nous relie à la mémoire collective sans laquelle " humanisme " est un mot dans le désert d’un passé humain sans mémoire.

Il faut évoquer aussi:
- Le personnage d'une jeune fille arménienne, coiffeuse le jour - danseuse nue la nuit, qui abandonne le rêve de s'expatrier en France lorsqu'elle comprend son attachement à son peuple en croisant le regard d'un beau jeune homme arménien.
- La sagesse de Vanig ( joué par Serge Avédikian), pour qui la seule richesse acceptable vient de la terre arménienne qu'il travaille.
- L'hospitalité comme tissu social...



Quelques mots sur un acteur : Roman Avinian
Point besoin de présenter les plus connus ! Nous citerons la performance d’un vieil acteur arménien, Roman Avinian, dans le rôle de Manouk, vieux dandy sociable et chauffeur de touristes mais aussi porteur de l’âme arménienne pure et meurtrie. Cet acteur nous avait déjà touché dans un autre film " Vodka lemon " de Hiner Saleem, remarqué à sa sortie en 2003
( à voir ou à revoir en DVD).

Et sur le réalisateur : Robert Guédiguian :
Robert Guédiguian nous a habitué à l’excellence et à son intégrité morale. Il n’a pas dérogé. Je ne dirai pas qu’il est au sommet de son art car ce serait lui nier toute marge de progression. Une chose est sûre : il s’agit bien d’Art cinématographique et d'humanisme lorsque l’on va voir l’un de ses films. Ames sensibles, ne pas s'abstenir...

Ne manquez pas " Voyage en Arménie "!

Vous pouvez aller consulter la fiche du producteur "Diaphana" en cliquant à l’adresse:
http://www.diaphana.fr/fiche.php?pkfilms=141
et en profiter pour consulter le catalogue intéressant des films produits dont plusieurs réalisés par Robert Guédiguian mais aussi d'autres de qualité comme "Carnets de voyages", "Les virtuoses".... Rapelons que Diaphana est le producteur de " La raison du plus faible " de Belvaux, film auquel nous avons consacré un article.
 
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